Les localités de Nobili, Nsungu et Kahondo, en territoire de Beni, sont au cœur d’un bras de fer foncier explosif. Saisi par les élus nationaux, le Ministre d’État à l’Agriculture, Muhindo Nzangi Butondo, a ordonné la suspension immédiate de toute tentative d’expropriation et de déguerpissement dénonçant des titres douteux sur des terres occupées depuis l’époque coloniale.



L’ombre d’une crise humanitaire et sécuritaire supplémentaire plane sur le territoire de Beni. Alors que les populations de la chefferie de Watalinga tentent de se reconstruire après des années de massacres perpétrés par les rebelles ADF, elles font désormais face à une menace d’un autre genre : l’expropriation de leurs terres ancestrales par des particuliers.


Au centre de la discorde, un morcellement de terres en huit « blocs CnKi ». Un particulier, Monsieur Amisi Kalibindua Lufungula, revendique la propriété du bloc n°5 au village Nsungu, s’appuyant sur un certificat d’emphytéose datant de 1979.
Pourtant, la réalité juridique et historique est tout autre. Comme l’a fermement souligné le Caucus des Députés nationaux du Grand Nord-Kivu dans son cri d’alarme, ces terres étaient occupées par les populations locales bien avant l’indépendance de 1960. De plus, l’acquéreur n’a jamais respecté l’obligation de mise en valeur agricole de ces concessions depuis plus de 40 ans, rendant ses prétentions caduques aux yeux de l’administration actuelle.


Le dossier a pris une tournure dramatique avec l’implication de la justice militaire. Le 30 octobre dernier, le Chef de Groupement Bawisa, Hubert Basime Ntula, a été arrêté et détenu brièvement, tandis que le Mwami Balitusuka Saambili Pascal, Chef de Chefferie de Watalinga, est lui aussi sous le coup d’un mandat d’amener. Ils sont accusés par le plaignant d’« occupation illégale de terre ».
Une situation jugée absurde par les observateurs : Nobili, Nsungu et Kahondo sont devenues des agglomérations urbaines abritant plus de 60.000 personnes, dont des milliers de déplacés de guerre ayant fui les exactions du M23 et des ADF. « Exproprier ces populations reviendrait à jeter dans la rue des familles déjà traumatisées », s’inquiète un notable local.


Face à cette urgence, le Ministre d’État à l’Agriculture et Sécurité Alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, a réagi avec une fermeté chirurgicale. Dans une correspondance officielle adressée au Gouverneur Militaire du Nord-Kivu, il a pris la défense de la population de Watalinga.
Le Ministre a arrêté deux mesures conservatoires majeures :
- Sursis immédiat : Interdiction formelle de tout acte tendant à inquiéter la population ou à procéder à des déguerpissements dans les huit blocs concernés appartenant à son Ministère.
- Mission d’enquête : La constitution imminente d’une mission mixte Parlement-Gouvernement pour établir les responsabilités et prendre une décision définitive.
Pour l’heure, cette intervention ministérielle agit comme une bouffée d’oxygène pour les habitants de Watalinga. Le Ministre Muhindo Nzangi rappelle ainsi que la quiétude des citoyens sur leurs terres ancestrales prime sur les intérêts privés aux fondements juridiques fragiles.
Gloiredo Ngise