Alors que l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) replonge dans l’horreur des tueries massives, les priorités de la classe politique congolaise passent mal auprès de l’Église catholique. Monseigneur Sikulu Paluku Melchisédech, évêque du diocèse de Butembo-Beni un territoire à cheval entre le Nord-Kivu et l’Ituri , a exprimé sa profonde stupéfaction face à l’attention soutenue accordée par les dirigeants au changement de la Constitution, au détriment de la protection des civils.
Dans un message de compassion publié à la suite d’une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire, le prélat n’a pas mâché ses mots à l’égard des institutions de la République. Le président Félix Tshisekedi, le gouvernement, ainsi que les parlementaires sont directement accusés de concentrer leurs efforts sur la révision de la loi fondamentale au détriment des urgences sécuritaires, alors que les populations locales continuent d’être les victimes des rebelles de l’AFC/M23 et des ADF. Pour l’évêque, cette démarche politique cache un danger majeur : elle apparaît comme un cautionnement de la division du pays, un risque redouté par la population et qualifié de « funeste » par l’opposition.
À l’approche du 66e anniversaire de l’indépendance de la RDC, l’évêque invite chaque citoyen, et plus particulièrement les politiciens, à un examen de conscience sur le rôle qu’il joue pour rendre ce pays plus beau ou plus vilain. S’appuyant sur la foi chrétienne, il rappelle que l’homme est destiné au bonheur, et que pour la RDC, ce bonheur s’appelle paix, justice, souveraineté et intégrité territoriale, tandis que le malheur se nomme massacres, injustice, corruption et tribalisme. Plutôt que de prioriser une révision de la Constitution de 2006, il appelle les gouvernants à s’atteler d’urgence à la recherche de réponses adéquates aux attentes profondes de la population, rappelant au chef de l’État que la finalité du pouvoir est d’abord le service du peuple.
Cette prise de parole de l’Église intervient dans un contexte particulièrement sanglant, marqué par de récentes attaques attribuées aux ADF-Nalu dans la région de Beni. Dans la nuit du 2 au 3 juin, une vingtaine de civils ont été massacrés dans la ville de Beni, avant qu’une dizaine d’autres personnes ne perdent la vie quelques jours plus tard à Mbau, localité située à 22 kilomètres de là. Face à ces carnages répétitifs, le message de l’évêque de Butembo-Beni résonne comme un cri d’alarme contre la déconnexion des élites politiques face aux souffrances de la population de l’Est.
Gloiredo Ngise